Cette œuvre au graphisme extrêmement précis joue sur tous les degrés de gris très contrastés, du noir au blanc. Un grand ange adopte la fameuse pose : tête penchée et appuyée au creux de la main. Son regard sombre semble perdu dans la contemplation du monde en train de se créer
L’ange tient un compas dans sa main droite, tandis que de nombreux instruments et outils se trouvent délaissés à ses pieds. Ces objets sont les symboles des champs du savoir de l'époque, comme la géométrie redécouverte à la Renaissance, ou l’art de construire représenté par un polyèdre (chef d'œuvre de l'art de la perspective né à la même époque).
Jean Clair, le curateur de l’exposition, voit dans la gravure de Dürer "un besoin d'ordonner le chaos du monde, mais sans parvenir à le rendre intelligible." Possible ou probable ? la question reste posée.
Bien que déjà manifeste chez Dürer, l’ésotérisme est encore plus prégnant dans la “Mélancolie”, 1532, de Lucas Cranach l’Ancien (ci-dessous). Ainsi, la trouée céleste (du tableau dans le tableau) fait apparaître d’énigmatiques figures astrologiques. Mais c’est surtout le traitement plastique, notamment la perspective exagérée et les harmonies contrastées de tons et les expressions presque désabusées des figures qui perturbent notre regard. Dans ce tableau de Cranach tout concourt à faire se côtoyer les débordements de la création et la tentation de la déraison.

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