Ajax génie et gloire militaire était aussi un homme rongé par sa rivalité avec Ulysse. Le héros grec en deviendra fou et moura. Dans la sculpture présentée au Grand Palais, on le voit déjà ployer sous le poids d’une infinie mélancolie.
La sculpture de Ron Mueck (ci-dessous) représente un homme mesurant plus de deux mètres. Il est entièrement nu, prostré, les genoux contre son ventre, les coudes sur les genoux et la tête dans la main gauche. Plus que mélancolique, ce géant semble inquiet, déprimé. Malgré son embonpoint, la sculpture est extrêmement légère (elle est recouverte d'une mince pellicule en fibre de verre d’une grande fragilité).

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Tout au cours de l’exposition, on va retrouver cette pose du mélancolique exprimant aussi bien l’acédie médiévale que la rêverie ou spleen romantique, la nausée sar- trienne et, plus près de nous, la dépression maniaco-dépressive
L’ensemble des œuvres (peintures, dessins, gravures, photos, sculptures et objets venant de nombreux musées étrangers) est présenté sous la forme d’un parcours chronologique divisé en huit grandes sections — de l'Antiquité aux Temps Modernes.
Ce découpage correspond à la réalité sociale et artistique dans laquelle l'iconographie de la mélancolie s’est inscrite, puisque, comme on va le voir, elle a utilisé les formes culturelles de son temps.
Cela dit, la mélancolie, telle une déesse aux deux visages, a connu en alternance des moments de gloire et des heures obscures. Elle est envisagée de façon positive dans l’Antiquité, à la Renaissance et au XIXè sc (pendant la période romantique), alors qu’au Moyen-Age, à l’âge classique, à l’époque des lumières et au XXè, elle est considérée comme un mal voire un péché.
Comme on l’a dit en introduction, dans l'Antiquité, la mélancolie est érigée en maladie sa-crée par Aristote. Selon le philosophe, cette affection, ouvrirait la porte de l'imagination et de la créativité nécessaire à la manifestation du génie. A côté du bronze d’Ajax, un fragment de stèle dit “L’Exaltation de la fleur ou Stèle de Pharsale”, vers 470-460 av. J.-C. en témoigne(ci-dessous).

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Au Moyen-âge, le génie n’est plus attribué à la mélancolie. Bien au contraire, on y voit plutôt la manifestation d’un mal diabolique. Elle est même assimilée à l’un des sept pêchés capitaux : l’oisiveté. L’oisif absolu serait l’ermite, dont l’inaction serait, elle, propice à l’accablement. De nombreuses peintures et gravures flamandes ou germaniques de la fin du Moyen Âge, représente l’ermite aux prises avec ses tentations, comme ce Saint-Antoine tourmenté par les démons de Martin Schongauer,1470-1473 (ci-dessous)

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