D’où vient cet état qui a aussi bien intéressé les médecins que les philosophes et les artistes ?
Toute l’affaire de la mélancolie commence au Vè sc av.J.C. — avec la théorie des quatre humeurs du corps d’Hippocrate, dont la bile noire qui provoquerait cette infinie tristesse ferment de la créativité —, pour ne jamais s’arrêter. Autrement dit, de l'Antiquité à l'aube du XXIè sc, la sombre humeur hante toute l'histoire culturelle de l'Occident. Qu’on la nomme acedie, spleen, saudade, neurasthénie, dépression, c’est encore de mélancolie dont on parle.
Quel est donc le sens de cette persistance ? Que désigne-t-elle ? En quoi la mélancolie est-elle si intimement lié à l'imagination et à la création?
Le premier à s’être interrogé sur les effets de la mélancolie est Aristote : “Pour quelles raisons, écrit-il, tous ceux qui ont été des hommes d'exception en ce qui concerne la philosophie, la science de l'Etat, la poésie ou les arts, sont-ils manifestement mélancoliques?”
Cette phrase mise en exergue de l’exposition a servi à la fois de caution et de détonateur à son organisation.
Avec Mélancolie sous-titrée “Génie et folie en Occident”, nous sommes confrontés à un large panorama de l’iconographie de la mélancolie, de l’Antiquité à nos jours. Rétrospective qui nous éclaire sur ses représentations à travers les âges, au cœur de laquelle se trouve la célèbre gravure de Dürer, Melencolia I. Mais aussi sur les attributs qui lui sont attachés et qui sont restés identiques, dont la pose méditative : corps replié sur lui-même, tête penchée et appuyée au creux de la main.
Cette posture de l’homme se protégeant du monde extérieur est à la fois très ancienne et très primitive. Pour en montrer la permanence, l’exposition s’ouvre sur la statue en bronze d'Ajax (1er sc av. J.-C.) (ci-dessous) et se termine avec le géant sculpté par Ron Mueck, (2001), assis dans un angle de la dernière salle du parcours.

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